Soirée poésie : vendredi 16 mars 2018

Pour la sixième année, Les jours et les nuits de Querbes s'associe à la manifestation nationale Le Printemps des Poètes après avoir invité son président Jean-Pierre Siméon en 2013 puis Thierry Renard, Anne Mulpas, Andràs Imreh, Gilles Lades, Yves Leclair et Jean-Luc Raharimanana.

Pour cette édition 2018, l'association invite en résidence, les poétesses Maram al-Masri et Aurélia Lassaque. C'est cette dernière que vous êtes invités à rencontrer à la médiathèque municipale de Villefranche-de-Rouergue, vendredi 16 mars à 20H30. La soirée sera animée par Jean-Paul Oddos et des extraits de textes lus à haute voix par le comédien Henri Robert.

Née en 1983, Aurélia Lassaque rêve et écrit en occitan et en français. 


Sensible à la relation entre la poésie et d’autres formes d’expression artistique, ses textes prennent régulièrement vie sur scène, sont lus à haute voix témoignant des liens que l'auteure noue entre différentes expressions artistiques. On retrouve ses mots au cœur de gravures sur bois, encrés sur de l'eau en mouvement ou accompagnés de dessins et danses qui forment ainsi d'inédits compagnonnages. Elle fut responsable de l’exposition « Dialogue entre cultures et langues » au Conseil de l’Europe, conseillère littéraire du festival « Paroles Indigo » à Arles, actuellement chroniqueuse littéraire à la télévision (FR3 sud). Aurélia Lassaque s’est consacrée en doctorat à la dramaturgie occitane baroque.

EXTRAITS 

Ombras de Luna – Ombres de Lune 
La negressa somiava 
d’iranges roges e redondes, 
miralh vegetal 
de sas popas regolejantas de lach nòu . 

La négresse rêvait 
D’oranges rouges et rondes, 
Miroir végétal 
De sa poitrine ruisselante de lait nouveau. 

Li nasquèt un dròlle 
del pel rosset e dels uèlhs verds 
que servava en secret 
dins una banasta de fruchas falsas.

Il lui naquit un enfant 
A la chevelure rousse et aux yeux verts 
Qu’elle gardait en secret 
Dans une corbeille de faux fruits.

Lo sòmi d’Orfèu - Le rêve d’Orphée 

Dins los infèrns que los òmes 
Son pas mai que d’ombras,
Me farai ombra al dedins de ton còs. 
Bastirai de ciutats de sabla 
Qu’agotaràn lo flum que degun ne tòrna. 
Dansarem sus de torres que nòstres uèlhs veiràn pas. 
Serai ta lenga trencada que sap pas mentir. 
E maudirem l’amor que nos a perduts. 

Dans les enfers où les hommes 
Ne sont plus que des ombres, 
Je me ferai ombre au-dedans de ton corps. 
Je construirai des cités de sable 
Pour tarir le fleuve dont on ne revient pas. 
Nous danserons sur des tours invisibles à nos yeux. 
Je serai ta langue tranchée qui ne sait pas mentir. 
Et nous maudirons l’amour qui nous a perdus.


Un ostal de pèira… Une maison de pierre… 
Un ostal de pèira e de cortinas de lin coloradas per la lutz e la posca mescladas. 
La mar granda, fins a l’asuèlh, agacha per la fenèstra. 
Dins l’ostal, una femna encara verge ; sos pelses de cendre qu’atissa lo vent de la nauta mar balan amb lo ser. 
Sus la taula, son vièlh trocèl ben plegat atrai son agach quand los aucèls de nuèch se meton a cantar. 
Une maison de pierre et des rideaux de lin colorés par la lumière et la poussière mêlées. 
L’océan, jusqu’à l’horizon, regarde par la fenêtre. 
Dans la maison, une femme encore vierge ; ses cheveux de cendre que taquine le vent de la haute mer dansent avec le soir. 
Sur la table, son vieux trousseau bien plié attire son regard quand les oiseaux de nuit se mettent à chanter.
Comme un jardin à l’abandon 

Ta peau 
Comme un jardin à l’abandon 
Avec beaucoup de fleurs dedans.

Tu dis ? J’aime tes longs cheveux ? 

Dans le creux de ta main 

La clé d’une maison inconnue ; 
Celle de tes ancêtres. 

Tu dis que les volets ont perdu leur couleur, 
Comme les vieilles tortues qui encombrent la mer. 

Tu as dénudé tes yeux 
Sur mon épaule.

A l’heure de la prière, 
Nous avons dessiné des oiseaux 
Avec l’ombre de nos mains. 

Tu me parlais d’arbres 
Qui ouvrent leurs feuilles
Au clair de lune. 

Et je ne t’écoutais pas. 
Je ne voyais déjà plus tes mains 
Qui ouvriraient 
Bientôt loin de moi 
Les volets ternes d’une maison 
Au bord d’une rivière 

Dont tu ne m’as jamais donné le nom.
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BIBLIOGRAPHIE

Recueils et livres d’artistes : 

  • Cinquena Sason (Letras d’oc, 2006) 
  • Ombras de Luna - Ombres de Lune (Éd. de la Margeride, 2009, rééd. 2010, 2011) 
  • E t’entornes pas - Et ne te retourne pas (Éd. de la Margeride, 2010) 
  • Lo sòmi d’Euridícia – Le rêve d’Eurydice (Éd. les Aresquiers, 2011) 
  • Lo sòmi d’Orfèu –Le rêve d’Orphée (Éd. les Aresquiers, 2011) 
  • La ronda del fènix – La ballade du phénix (Éd. de la Lune bleue, 2012) 
  • Pour que chantent les salamandres (Ed. Bruno Doucey, 2013).
  • En quête d'un visage (Ed. Bruno Doucey, 2017)